Territoire en transition

: Place Jean Jaurès, Marseille

Contexte : Comment l’écriture urbaine peut-elle participer à un changement d’usages et à l’appropriation d’un nouvel espace par ses habitant.es ? Comment les accompagner dans un tel changement géographique ? Projet de diplôme – DSAA Espace Événementiel et Médiation, École Boulle

Rôle : enquêtrice, designeuse globale (graphique, espace, événementiel, médiation et Directrice Artistique du projet)

L’écriture urbaine peut jouer un rôle clé dans le changement des habitudes et l’appropriation d’un espace par ses habitant.es en créant un lien entre passé et présent.

À Marseille, après la rénovation de La Plaine (place Jean Jaurès), un événement intitulé Rencontre diurne – Ligature nocturne a été lancé dans le cadre du projet « En Pl(a)ine Mutation ». Cet événement vise à rassurer les habitant.es inquiet.es de perdre l’âme du quartier et à les inviter à s’approprier de manière nouvelle cet espace.

Le jour, les habitant.es peuvent interagir avec des installations urbaines de caractères anamorphiques (des formes inspirées des tags) qui, assemblés, écrivent le mot « La Plaine ».

À la fois mobilier urbain et ombres alphabétiques projetées au sol grâce au soleil, l’installation permet de tisser un lien entre le temps présent et les traces du passé, où l’histoire de La Plaine se dévoile au fil des heures. L’utilisation de la lumière et des ombres devient ainsi un moyen poétique et interactif d’engager les habitants dans une expérience qui évolue avec eux, tout en respectant les rythmes naturels de la place qui ne cesse de se réinventer.

La nuit, ces structures se transforment : elles se déplacent grâce à des projections lumineuses et forment des mots liés à l’univers de la typographie, comme « ligature » ou « approche ». Ces projections sont accompagnées de sons qui rappellent l’histoire du marché nocturne de la place Jean-Jaurès, créant ainsi une connexion entre les souvenirs du passé et les nouvelles interactions du présent.

Les recherches plastiques

Le projet En Pl(a)ine Mutation s’appuie sur une série de recherches plastiques, graphiques et photographiques qui explorent la manière dont l’écriture, l’espace et le temps peuvent interagir.

Les recherches ont porté dans un premier temps sur les structures implantées sur La Plaine.

Quels volumes ? Quelle partie de l’histoire raconter à travers l’installation ? Quelles interactions peuvent-elles créer avec les habitant.es ?

Puis dans un second temps, une réflexion sur les pratiques de l’écriture urbaine a été menée, notamment à travers les formes de graffitis et de tags, qui m’ont intéressé pour la rapidité d’exécution du geste liée à l’illégalité de la pratique.

Mais une attention a particulièrement été portée à l’étude du temps qui passe et à la manière dont il peut être intégré à l’espace public à travers l’écriture. L’idée était d’explorer comment les phénomènes naturels, comme l’ombre et la lumière, peuvent interagir avec les installations pour créer une expérience sensorielle en constante évolution.

Par exemple, les lettres projetées sur le sol par les installations anamorphiques changent en fonction de l’angle de la lumière, offrant aux habitants une expérience différente selon l’heure. Ces jeux de lumière et d’ombre rappellent le passage du temps et créent une dynamique vivante, où les mots apparaissent et disparaissent, renforçant l’idée de transformation continue du quartier.